Art & Culture

12 hours a slave : récit d’une initiation inachevée (1ere partie)

De la ville à la mer, réminiscence de la dernière étape d’une quête identitaire sur les hauteurs de Bimbia, au Sud-Ouest du Cameroun.

Tout a commencé comme un jeu sur Twitter, comme un défi pour Vicky Ntamak (@ReineViktorya), alors invitée du polémique et désormais incontournable compte communautaire CamerLive (@CamerLive sur Twitter). Sa mission : organiser une expédition touristique de groupe sur les terres mythiques du plus grand comptoir aux esclaves d’Afrique, Bimbia.

Bimbia.8

Au troisième jour du mois d’octobre, me voilà donc prêt, bottes aux pieds et caméra à l’épaule, prêt à rencontrer l’histoire, au milieu d’autres amis virtuels, pour la plupart jamais vus dans la vraie vie – « IRL » comme diraient les marabouts du Digital, pour dire « in real life ».

twittos

Il est 10 heures du matin quand nous quittons Douala, nos maisons et nos familles pour suivre le guide, sur les traces des adolescents et prisonniers d’antan, « vendus » en esclavage. Étrange situation qui me rappelle alors les histoires que me racontait mon oncle et instructeur initiatique, sur la fin de l’initiation dans les traditions des peuples de la côte camerounaise (Sawa).

Arrivés à Bimbia, nous arpentons très vite le relief qui s’érige entre la mer et nous, et nous nous engouffrons dans la forêt, enthousiastes et émus à l’idée de découvrir un pan essentiel de notre identité. A mesure que nous avançons, je sens le malaise de l’analogie : je suis au milieu d’autres jeunes Camerounais qui ne se connaissent pas nécessairement entre eux, unis par la même quête, comme l’étaient ces jeunes et robustes adolescents qui venaient en forêt achever leur initiation…

sur le chemin

Murmures et rires au loin dans les bois, comme ces voix de novices qui préfiguraient un combat contre un autre groupe initiatique, comme dans ‘Invocation’ de Richard Bona… Et comme ces futurs initiés, nous avancions, le pas prudent, au milieu d’arbres séculaires et de gigantesques bambous – rien à envier aux Chinois! La marche fut longue et pénible, à monter une colline à travers un chemin taillé dans la roche, marchant sur des pierres de toutes tailles, plantes de pieds et chevilles offertes aux blessures. Aucun arrêt solidaire n’était permis, nous devions tous suivre le guide et son rythme quasi-martial jusqu’à…euh… Jusqu’à un endroit dont nous ignorions encore l’emplacement exact, il fallait juste marcher en silence. Ça faisait partie de notre initiation.
Dur est le chemin d’un esclave qui se croit encore libre…

bambous

Certains envisageaient de s’arrêter, mais la nature à cet endroit n’avait rien de rassurant. Le moindre craquement de branche au-dessus de nos têtes ou sous les pieds de gens qu’on ne voyait pas était, tel un coup de fouet sur les dos nus, un rappel brutal que nous étions en milieu hostile et qu’aucun retour sur nos pas n’était possible. Nous nous sentions presque pris au piège, mais le devoir initiatique nous imposait d’avancer. Au terme de l’aventure, nous serions des hommes et des femmes meilleurs, disaient-ils…

Tandis que les uns marquaient les arbres pour laisser une trace de leur passage, au cas où ils ne revenaient pas comme prévu vers leurs communautés, les autres avançaient, tête haute et sans mot dire, vers leur destin. NDLR : destin dont ils ignoraient tout pendant la marche.

chemin clairiere

Après le pénible tronçon boueux creusé par les traces du passage d’engins lourds aux empreintes régulières, nous arrivions enfin à l’entrée d’une clairière. Le relief semblait moins accidenté, et l’endroit semblait…habité. Nous entendions au loin les voix de ceux, à la traîne, qui nous rejoignaient, les uns après les autres. L’instructeur nous fit comprendre qu’on était arrivés. On entendait mieux la musique du vent sur les fines feuilles de bambou et le ruissellement de l’eau qui se frayait un chemin à travers la roche : la mer était proche. Nous étions alors convaincus que l’ultime voyage qui ferait de nous des hommes, des vrais, serait une épreuve aquatique.

vue eau

Beaucoup d’entre nous savaient nager, c’était un premier gage de survie…

(Part 2)

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