Art & Culture

12 hours a slave : récit d’une initiation inachevée (2e et dernière partie)

(Part 1)

Puis nous sommes arrivés devant un amas de pierres, dressées comme une bâtisse. A mesure qu’on s’en rapprochait, je trouvais que ça ressemblait plus à un enclos ou une prison qu’un abri. Nous entendions alors au loin des langues étrangères à nos oreilles, les cris de douleurs des femmes qu’on séparait de leur progéniture. Oui, il y avait aussi des femmes à cet endroit de Bimbia. Peut être était-ce un village nouveau, avec des maisons en pierre… On sentait la vie autour de nous et l’odeur, devenue plus forte, de l’effort physique – le nôtre peut-être…

enclos a l entree de la clairiere

L’enclos n’était pas le nôtre en tout cas. Toujours conduits par l’instructeur et d’autres hommes venus à sa rencontre dans la clairière, nous avancions irrémédiablement vers l’eau, traversant – chose étrange – un pont de bois construit au-dessus d’un ruisselet par des hommes. C’était un ouvrage fort étonnant. Il eût été plus simple de traverser ce cours d’eau les pieds dans l’eau, mais ce pont…

le pont bimbia

Et nous recommencions alors à nous parler, à partager nos interrogations. Que faisait-on réellement dans ce village? Qui étaient ses habitants et comment savaient-ils faire des ponts aussi complexes? Et pourquoi cette langue au loin que nul ne reconnaissait et qui semblait rythmer l’activité dans le village?

Sur le chemin, de plus en plus de pierres travaillées, sculptées pour être planes, les unes dressées en piliers, les autres taillées en sièges, comme des bancs de roche. Étrange…
L’instructeur parlait peu. Peut-être ne savait-il pas non plus ce qui se passait réellement sur ces terres habitées, mais plus étouffantes que les arbres de la forêt que nous avons traversée.

Plus loin, il y avait un alignement très régulier de pierres taillées sur lesquelles se tenaient des hommes et des femmes, mis en valeur sur ces piédestaux, ou plutôt exposés comme des marchandises…

marché et piedestaux

C’était une place de marché et les seules marchandises qu’on exposait étaient des êtres humains, de jeunes et robustes hommes et femmes, comme nous…
La vérité apparaissait de plus en plus claire : ce village au bord de la mer était plus un comptoir de commerce humain qu’un lieu de vie.

mangeoire chaines mangeoire

Une fois sélectionnés, ces hommes et femmes étaient enchaînés sur un autel bien étrange, nous a-t-on dit, et enfermés dans des enclos de pierres ou de bois, selon qu’ils serviraient à l’exploitation des noix de palmistes ou qu’ils partiraient, dans les énormes embarcations qu’on apercevait alors au loin, à travers les feuilles des arbres qui cachaient ce qui se faisait dans ce village.

autel d enchainement

Puis quand venait l’heure du voyage en mer pour les plus robustes jeunes hommes et les plus belles jeunes femmes, ils étaient emmenés dans une autre pièce aux murs de pierre et enchaînés par quatre autour de très larges poteaux taillés dans la roche.

Porte de non retour

Au fond de la salle, une porte qui donnait sur un bras de mer dans lequel étaient amarrées des pirogues prêtes à transporter nos frères, cousins et ces autres prisonniers de guerres tribales vers les bateaux qui mouillaient sur l’île en face. En traversant cette porte, ils devenaient désormais esclaves, sans avoir jamais terminé leur initiation…

ile d en face vue de la plage
Il est 22 heures, mes amis et frères d’initiation sommes rentrés à Douala. Beaucoup d’hommes passés par ces lieux n’ont pas eu la chance de retrouver leurs familles au terme de cette marche interminable. Et ce soir, comme nos malheureux prédécesseurs, nous nous couchons sans conviction et les corps meurtris, avec dans le cœur les larmes de la douleur muette de notre découverte et dans la tête, tant de questions sans réponse sur ce qui s’est réellement passé à Bimbia, sur les terres violées des « gens de Bimbi », avec comme avec la sensation bien nette d’un voyage initiatique inachevé…

L’expérience de la vérité est un périple très personnel qui libère, ou pour certains, selon le temps et l’espace, condamne. Construisons l’avenir sur la connaissance et l’intégration de notre patrimoine et notre histoire collectifs, si grands pourtant dans l’histoire du monde.

Voilà.

PS: Suivez moi sur mon compte Instagram (cliquez juste ici) pour les photos de l’excursion que je publie de manière aléatoire 😉 

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6 réflexions au sujet de « 12 hours a slave : récit d’une initiation inachevée (2e et dernière partie) »

  1. Tres sobre. Le sujet est assez serieux et l’ecriture simple facilite la compréhension du parcours de plusieurs africains qui pour la plupart ignoraient encore à ce moment leur destinée. Tout au long de ce parcours initiatique (Part 1 & 2), on apprend l’humilité. Plus on savoure mieux la liberté que nous avons aujourd’hui. Liberté conquise de haute lutte par des milliers d’hommes anonymes, donc les « marcheurs » sur ce sentier furent probablement les précurseurs.

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  2. x chiunque fosse interessato alsu182#7;acq&ilto, io l’ho preso oggi, edizione Feltrinelli Real Cinema, con in allegato un libretto di una cinquantina di pagine, costo 17 euro (pagato 12 euro perchè alla Fnac c’è lo sconto del 30% su tutta la collana).Non l’ho ancora visto nè ho letto il libercolo, per cui non vi so dire altro.–Mercks

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