Art & Culture

Aux victimes du 08 mars, la patrie reconnaissante. 

Il était plus que temps que, à tous les hommes, particulièrement aux victimes du 08 Mars, souvent condamnés au mutisme et au fouet, je rende cet hommage maladroit, pour un 08 Mars plus équitable.

En lisant ce qui précède, les mauvaises langues (que je peux citer ici, si vous insistez) ont déjà pensé et dit « voilà qu’ils veulent aussi défiler, comme nous! ». Il n’en est rien.

Non pas que l’idée nous déplaise de recevoir autour de la St Valentin un cadeau de notre employeur contenant un « pagne de la JIF » (de la beauté duquel je ne parlerai pas ici) et un billet de 10.000F (ou un peu moins) pour la couture, ou même que nous souhaitions nous aussi – les hommes – défiler en kaba dans les rues de nos villes sans peur, ni du ridicule, ni du soleil, ni de la pluie, mais vraiment… il faut qu’on parle un peu de ce qu’est devenu le 08 mars.

Finalement, non. N’en parlons pas.

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Tout les détracteurs du 08 Mars « à la camerounaise » sont déjà en route, smartphone à la main, à épier le moindre coup de vent qui soulèverait la robe d’une jeune dame au détour d’un bar pour crier au scandale et à la dépravation. C’est leur genre de journalisme là-bas! Je voudrais, cette année, à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la Femme, me faire la voix des sans voix.
J’ai bien dit la voix des sans voix, oui. Je vois déjà le sourire et j’entends d’ici les « alleluia, amen! » des filles qui pensent que je vais parler de la campagne contre les violences faites aux femmes, victimes muettes – elles aussi – de la taille de l’ego de leurs hommes, souvent inversement proportionnelle à leur intelligence… Je respecte le combat et moi aussi, je fais un bras d’honneur (dans mon cœur) à tous ces hommes qui n’ont que leur force physique et leur vice pour se faire les bourreaux de créatures qui sont la lumiere qui, à un moment précis de leur vie, aura révélé aux yeux de leur entourage l’obscurité dans laquelle ils se trouvaient.


Je me lève pour crier au monde la détresse de ces hommes (oui, des HOMMES pour la plupart), victimes aux plaintes tues par la dictature de la mode, héros oubliés de la frénétique course bien féminine de celle qui aura la plus belle tenue du 08 Mars : j’appelle ici les petits tailleurs du quartier. Les filles, ne riez pas, vous savez ce que vous leur faites!

Autant les bars, snacks, restaurants miteux et huppés sont pleins de jeunes femmes actives invitées au « niveau zéro » de la célébration de la Journée Internationale de la Femme par leurs employeurs, autant les commissariats, postes de polices, camps militaires et autres repères d’hommes en uniforme sont remplis de tailleurs volontaires qui « ont fait le maximum ». Pourtant souvent respectés au quartier, ils sont, au matin au 08 Mars, coupables d’avoir livré les robes à 7h sans les surfiler ou avec les traces de craie « partout partout » pour les uns ou de n’avoir toujours pas livré « le modèle que je t’ai donné-là » jusqu’à 10h, le matin du 08 Mars.

« Pour que qui aille acheter une « bête » robe déjà cousue au marché, comme s’il n’y avait plus les modèles dans les magazines ?! Minalmi ! » entend-on dans les couloirs des commissariats.
Quelle ironie que de se retrouver quasiment nu à la gendarmerie pour avoir essayé d’habiller une femme « comme la robe de Beyoncé-ci, non?! ». D’ailleurs, les policiers ont même vu quoi sur les habits des gens qu’ils veulent interroger ou enfermer?! Si on ne les déshabille pas, ils vont disparaître?! En tout cas, je n’étais pas ici pour écrire sur les policiers!

Au lendemain du 08 Mars, ayons une pensée tendre pour ces artisans de la beauté féminine, petites mains de l’ombre derrière le fil, qui coupent, piquent, touchent et retouchent pour sublimer les femmes au quotidien et qui se retrouvent disproportionnellement condamnés au fouet pour de si petites fautes… « Tu dis ça parce que tu ne connais pas la bouche amère de mes collègues », me dira-t-on. Soit.
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Moi je ne voulais pas parler de ça, mais comment ne pas profiter de cette tribune pour rappeler à toutes celles qui croient que le 08 Mars c’est la Fête de la Femme, célébration païenne et jour de carnaval durant lequel chaque femme libère en elle les instincts animaux qu’elle retient depuis que ce n’était pas le but, À LA BASE.

Je ne ferai aucun rappel historique pédant de l’origine de la célébration de ce qui est en fait la Journée Internationale de la Femme, achetez-vous un forfait internet (MTN a la 4G, pour tout savoir 10 fois plus vite) et demandez à Google!
On sait par ailleurs que pendant les jours qui suivront les festivités du 08 Mars, on ne recevra aucun compte rendu des conférences de Femmes Leaders qui se seront tenues en ville, pas plus qu’on ne verra les photos retouchées des 100 femmes qui font bouger l’Afrique, ou même les retweets des 5 femmes  les plus z’influentes de #TT237. Ça intéresse même qui?! Mais à coup sûr, on aura droit aux photos des mamans des gens, kaba sous le menton, à faire pipi debout devant les bars à la tombée de la nuit. A croire que c’est une attitude typique de domination dans le jargon très codifié des femmes imbibées d’alcool…

 

En tirant ma révérence aux femmes, à toutes les femmes, qui œuvrent dans l’ombre à assurer paix et prospérité sur les terres de nos ancêtres, chers amis lecteurs, je vous salue.

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