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Devenir riche comme un mendiant à succès! 

Augmenter son revenu en 4 leçons apprises auprès d’un mendiant ou comment apprendre à piloter la croissance de son entreprise à partir de modèles et de cas d’étude locaux, avec des consommateurs aussi insaisissables que ceux qui arpentent nos villes du tiers-monde.

Souvent, les plus grandes entreprises et les moins grandes aussi, au plus bas de leur santé financière, font appel à des gourous-blancs pour leur « prescrire » la formule magique du retour à la croissance. Souvent vraiment blancs ou au minimum, noirs basés en Occident, ces consultants bardés de diplômes que nul ne peut vérifier ou d’une expérience longue de cent ans (en cumulé) viennent souvent recommander aux entreprises des recettes « tarte-à-la-crème » servies deux mois plus tôt à un autre client dans un contexte et une industrie différents.

C’est à se demander si on paie finalement pour le médicament ou pour le nom du médecin.

J’ai été consultant, avec des diplômes vérifiables (moi au moins! #NoShade) et mes plus belles recommandations m’ont souvent été inspirées par la nature, les animaux ou simplement par les gens autour de moi. J’ai déjà eu à écrire une stratégie marketing basée sur la vie sexuelle des abeilles, je ne vous dirai pas pour qui!


En tout cas, récemment, j’ai tiré quelques leçons en observant attentivement François, un mendiant qui « opère » aux alentours de Zepol, la célèbre boulangerie-épicerie à Akwa, Douala.

Ça va faire 12 ans que François s’est installé aux abords de la boulangerie et depuis, nul besoin de dire qu’il est devenu aussi emblématique dans ces lieux que la fameuse phrase en caisse « il manque cinquante ». Oui oui, c’est toujours comme ça: ils n’ont jamais la monnaie, mais essaie de leur donner 275F pour prendre un pili de 300F, tu vas entendre tous les métiers que ta maman faisait avant de connaître ton père!

François a choisi de rester mendiant, parce que finalement ça paie bien aussi!

Lisez attentivement 4 leçons tirées de son expérience, ça vaut le détour… et ça peut (re)booster vos affaires ! 

  • Toujours bien choisir son cœur de business et ne pas trop se disperser

« Dans la rue, il faut choisir son créneau: soit tu aides les gens à trouver une place de parking, soit tu laves les voitures garées, soit tu fais semblant de les surveiller ou tu peux simplement demander l’aumône, que tu sois handicapé ou pas. »

Une chose est sûre, dans la rue comme dans les affaires, on ne peut pas tout faire, du moins pas au début. Choisir son coeur de métier est essentiel, c’est le créneau sur lequel on veut gagner sa vie, c’est notre « core business ». Par exemple, pour EasyRide qui vient récemment de se « disperser » (‘se diversifier’ serait plus juste) en lançant un service de livraison de courses et dépôt de courrier, le coeur de métier reste le transport de particuliers dans des véhicules climatisés de grande qualité (c’est le taxi de luxe, à la course ou à l’heure). Donc même si on a des équipements qui permettent de faire autre chose, c’est important de connaître son coeur de business, ce qui donne « le vrai argent » qui paie les charges.

Pour Francois, choisir son cœur de métier s’appelle « respecter son couloir », et son couloir à lui, c’est de demander une pièce ou deux à ceux qui sortent de la boulangerie avec les tristement célèbres sacs en plastique bleu, prétendument biodégradables. Il ne se battra pas pour vous aider à garer, ni ne vous servira du « Grand, votre petit de confiance surveille la voiture » à votre arrivée. Il va se concentrer pour vous délivrer le sourire le plus rassurant que vous verrez à la sortie de la boulangerie et prendre des nouvelles de vous, en s’assurant que personne ne vous importune.

Pour l’entreprise, c’est une invitation à ne pas succomber trop vite à la fièvre très à la mode de l’innovation, juste pour le plaisir d’innover. La tentation serait grande de copier Sir Richard Branson et de se lancer dans l’aviation civile après ses premiers succès dans la grande distribution, mais la sagesse de la rue recommande toujours de consolider ses acquis (et son revenu) dans le coeur de business de l’entreprise avant d’aller chercher alternatives à la mode et autres innovations, digitales ou pas. Toujours assurer ses arrières.

  • Mieux connaître ses clients pour établir une connexion émotionnelle qui fidélise

Personne ne vous connaît mieux que les gars de Zepol. Si vous vous croyez anonymes quand vous venez acheter votre baguette ou vos pilis, oubliez ça vite! Ils ont TOUS vos fax, depuis votre première visite. Ils se souviennent de votre première voiture, de la copine que vous aviez dedans, puis de la mince fille brune que vous aviez présenté comme votre petite sœur (alors que). Ils savent ou vous travaillez et savent prédire les jours et les heures auxquels vous passerez faire vos petites courses. « Parfois, c’est moi qui dis à mes clients la bonne heure pour trouver le pain chaud! » me confie François, mon ami bienveillant. Ce sont des attentions nécessaires quand on n’a rien d’autre à offrir qu’un sourire bienveillant!

Pour toutes les entreprises qui commercialisent des produits ou services devenus commodités ou simplement qui opèrent sur des marchés très concurrentiels, apprenez que c’est la connaissance du consommateur, au-delà du rapport transactionnel qui le lie à votre produit, qui sera le socle de la fidélisation.

Il y’a des banques ici dehors qui facturent des frais fixes (le pack mensuel minimum) bien plus élevés que ceux des autres banques de la place et qui ont quand même beaucoup de clients. Leur secret? C’est simple: la qualité de la relation. J’ai voulu me plaindre un jour à ma banque, puis quand la caissière m’a demandé comment va ma fille – en l’appelant par son prénom – j’ai fondu et je me suis dit « au moins, même si je paie un peu plus cher, je ne suis pas juste un numéro de compte! » – Et ça, Francois l’a aussi compris depuis bien longtemps!

  • Entretenir le client ainsi que sa sphère d’influence

Dans la rue, c’est facile de reconnaître ses « clients » et de les pister, c’est essentiel d’être attentif à leurs fréquentations, aux détails qui informent sur les rapports qu’ils ont avec telle ou telle autre personne. On entendra souvent François demander « comment va ton amie qui venait souvent manger vers SOCAR? Elle n’est plus ici? »

Il s’agit de connaître le client au point d’identifier qu’elles sont les personnes avec lesquelles il interagit, avec lesquelles il marche et vit. Cette connaissance de l’entourage du client va vous permettre d’offrir aux proches du client des privilèges, du fait de leur lien avec votre client. Bien entendu, l’idée est que les proches du client l’informent des privilèges dont ils ont bénéficié! L’objectif commercial est que le client se sente valorisé dans sa vie privée parce que « c’est bien d’être son ami, on a des avantages particuliers, même à Zepol! ».

Un proverbe Mbouda dit « celui qui arrose ton avocatier en passant combat la famine dans ta maison ». Acceptez seulement, oooorh!

  • Proposer des services à valeur ajoutée aux clients qui ont du potentiel

J’ai croisé François un jour à la sortie du cimetière alors que je venais fleurir la tombe de mon père, accompagné de ma mère et ma sœur. Il est resté en retrait et m’a fait un signe de la main, courtois et respectueux. Puis je l’ai revu un mois plus tard à la sortie de la boulangerie et il m’a dit qu’il me cherchait même depuis. « Avec la petite saison des pluies qui a commencé, il y’a déjà les herbes partout sur la tombe de papa! En tout cas, maintenant que je sais laquelle c’est, je vais nettoyer régulièrement. » – Si on vous dit ça, vous-même vous allez faire comment?!

Voilà comment François est passé de 200F de temps en temps à la sortie de Zepol à un revenu minimum quasi garanti de 2.000F pour un service qui n’a rien à voir avec son business de départ, mais qui apporte de la valeur à son client. Faut-il préciser que Francois tient le même discours à ma mère et à ma sœur quand il les croise? Faites le calcul.

Avis aux entrepreneurs: n’économisez plus trop pour vous payer un gourou-blanc, sortez et observez les gens autour de vous, et enrichissez vos techniques de gestion de petites analogies du quotidien. 

Si vous n’arrivez toujours pas à voir des choses en regardant la rue, appelez-moi. À défaut d’être blanc, je peux vous bluffer avec mon accent de Français et mes souvenirs de Lille, si vous insistez!
Courage ! 

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18 réflexions au sujet de « Devenir riche comme un mendiant à succès!  »

  1. Noooooooooonnnnn Ndjimiiiiiiiiii tu es EXCELLENT ! Tu comprends non mon gars, je vais t’embaucher pardon, fais moi le prix de Lille sur ça. Ton analyse est over the top. On peut s’identifier à chacune des situations décrites. Et ce François , tu vas faire décoller sa carrière plus que Monsieur BERNARD 🙈🙈👌🏾

    Aimé par 1 personne

  2. Damn. Francois and you have been watching each other for 12 years now.
    Je serai curieux de lire ta Bee Strategy mine de rien hein. Tu fais comme les gars de la CIA, tu biffes les mentions inutiles. Plus sérieusement, les gens qui observent ont une longueur d’avance sur les autres. Toujours à Zépol, y a en a un qui a un table-top qui emploie une personne. Ces gars sont étonnants et surtout loins d’être les plus cons. Nous sommes dans une époque de jactante compulsive avec le résultat que l’on sait : symphonie de cacophonie. Beau format d’écriture, idéal pour les multi-screen readers on-the-go.

    Aimé par 1 personne

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