Art & Culture

Tourisme culinaire: Et si on se faisait un H aujourd’hui ? 

Dans toutes les villes du Cameroun, cette phrase fait allusion aux BH, le très célèbre duo beignets-haricots rouges, quasiment devenu plat traditionnel… Plus à Douala.

A Douala, ce n’est plus comme ça. Le haricot rouge n’est plus à la mode que dans les brunch exotiques de néo-bourgeois déjà las de saumon et de jambon cru, où il ne se mange plus avec la « peau » de 50F, mais avec gambas, lardons, saucisses et autres curiosités de riches! 

De l’autre côté de la vitrine, du côté de ceux qui observent les « néo » comme on regarderait des poissons rouges de l’extérieur d’un aquarium, tout le monde sait pas que désormais, le H fait référence à un superbe studio photo déguisé en restaurant-salon de thé dont la luminosité est parfaite pour Instagram, Facebook Live et Snapchat. Suivez mon regard…

Oui, à Douala, H is the new black: après Hilton, Hummer et Hermès, ce logo H est LE dernier signe extérieur de richesse dans la capitale économique de notre très émergent Cameroun. NDLR : sincères condoléances au sac FNAC, star déchue des milieux mondains, désormais tombé en désuétude, à peine deux mois après son arrivée. Comme on dit dans la rue, « Le pays a les dents« .

Avec son architecture d’inspiration Modern Bauhaus au cœur des Hamptons de Douala, l’immeuble minimaliste aux formes géométriques simples qui abrite le nouveau temple de la pâtisserie fine est l’écrin de mille délices pour les yeux et le palais.

Et c’est là que tu te demandes « Mola, Bauhaus, c’est quoi non?!« . Va sur Google, fais une recherche et tu dormiras plus cultivé aujourd’hui. 

[Petite dédicace discrète à mes profs d’Histoire de l’Art, avec tout l’amour et la gratitude du Ch’ti Noir #Fourmies4Life #Team59]

Non, mais en vrai c’est aussi beau qu’en photo, onong! Pas les petits mensonges (aussi appelés « pèt-pèt ») que les nouveaux restaurants du centre-ville nous servent sur les réseaux sociaux, avec la complicité de photographes habiles et vicieux. En plus, ils font aussi de la vraie nourriture! Euh… Je veux dire, des plats salés.

Ils ont une telle maîtrise du dressage, qu’on sait bien que c’est plus pour la présentation qu’on paie que pour ce qu’il y a dans l’assiette. 

Parce que ça vient quand même petit, aussi… 

« Paaaapa! Même la sardine ressemble à la sole entre leur mains », ai-je entendu dire. 
Bon, je vais vous éviter de payer 2 taxis pour venir avoir la honte de votre weekend devant l’ami(e) a qui vous avez proposé, 10.000F en poche, de venir « prendre un verre en terrasse » : c’est bien cher! Certains diront « je suis venu, on m’a trop fait attendre! » pour dissimuler leur surprise devant les prix lorsqu’ils ont voulu commander à boire ou à manger. Même la citronnelle ne donne pas le lait!

Malgré tout ce qui précède, l’endroit ne désemplit pas. 

Familles nombreuses arrivées en taxi et adolescents piétons romantiques pubères aux visages de mercerie venus consolider les amitiés aux allures d’amours interdites s’y succèdent du matin au soir, souvent plus nombreux que les propriétaires discrets de voitures de luxe. Bon, les seuls riches qui manquent un peu de discrétion ce sont les Libanais, mais on sait qu’ils sont comme ça partout : quand ils ne laissent pas le moteur du Range Rover tourner pour que tout le monde entende la musique de chez eux qui sort des vitres fumées baissées exprès, ce sont les rires à haute voix partout partout. Heureusement qu’ils paient aussi et qu’ils paient beaucoup! 

En revanche, si vous voulez absolument y faire un tour, faire et partager vos photos sur les réseaux sociaux pendant une heure sans vous ruiner, faites comme 80% des visiteurs : commandez de la glace, elles sont bonnes et vraiment pas chères. 

NDLR : sincères condoléances à N’Ice Cream et au Glacier Bio, étoiles en voie d’extinction dans ce contexte concurrentiel rude, qui ont néanmoins la chance que la décoration prestigieuse de Maison H effraie encore les masses pour lesquelles « ce qui est beau et qui est à Bonapriso, est forcément trop cher pour les gens des autres quartiers« !  

On y recronnaitra donc facilement la catégorie de chaque visiteur, notamment :

les goûteurs connectés : venus avec la batterie de leur smartphone bien chargée et un forfait jour dont le volume suffit à faire le reportage qu’il faut sur Instagram et Snapchat, ils ont un budget très limité et commandent quasi-systématiquement de la glace, pas plus de 3 boules (pour rester en dessous de 3.500Fcfa par personne). 

les touristes du nouveau sel : épicuriens aisés, cadres africains et nouveaux riches, entrepreneurs célèbres sur les zinternets et CEO d’entreprises embryonnaires occultes, autochtones oisifs, bailleurs voisins et autres gigolos liquides sans carte de visite, ils y viennent pour essayer la cuisine salée, le temps d’un voyage gustatif et d’une photo pour Facebook et Instagram. Puisqu’ils aiment, ils ne comptent pas et viennent en petits groupes d’amis, souvent habillés comme pour aller dans les garden-party néo-bourgeoises (pour ceux qui ne savent pas comment s’habiller pour y aller, cliquez ici)

les ultra-bourgeois nomades : expatriés et ultra- riches cadres locaux, ils se mélangent peu et ne s’attablent pas. Ils aiment le salé, le sucré et surtout le bon pain. Ils feront discrètement la queue, commanderont puis rentreront déguster chez eux. C’est chez eux qu’on verra tous les types d’emballage de Maison H et qu’on saura qu’il y a même le genre de grand sac qui peut me contenir la bouffe de 100.000F, en toute discrétion. 

Avant d’en dire trop, je vous invite à vous faire une idée vous-mêmes de ce qu’il y a découvrir dans ce nouveau parc d’attraction pour riches et assimilés, en plus des baguettes de 300F à 700F (sans beurre ni saucisson dedans). 
Oui, 700F, un pain. Je pense que le hashtag #JeNeSuisPasLaCible a encore de belles heures de gloire avec cette profusion de cages-aux-riches.

Voilà. J’ai vu, j’ai vécu, j’ai écrit.

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21 réflexions au sujet de « Tourisme culinaire: Et si on se faisait un H aujourd’hui ?  »

  1. Raconter les choses de la vie quotidienne, avec autant d’humour, de pertinence et une pointe de désinvolture… Je kiffe!

    Maison H, on verra.
    Peut-être que c’est la materre qui va me forcer à go la-bas.

    Une pensée pour la FNAC. 😂

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  2. Excellent billet que vous avez commis la…tout y est. Vrai de vrai. A quand un bouquin? …avec seance de dedicace a la FNAC?Et habille en neo chic bourgeois?..😋😊😊😄

    Aimé par 1 personne

      1. A part votre plume agréable qui me la décrit au mieux, j’ai peur de n’absolument plus reconnaître ma Douala! 😀 Pour ce qui est de la « hauteur », j’ai justement peur d’y retrouver un peu trop de ce que je veux fuir actuellement pour retourner y (Dla) vivre.
        A Paris en ce moment, mais surtout à Londres.

        Aimé par 1 personne

      2. Douala, comme beaucoup de villes africaines, grandit et se développe réellement, avec une classe moyenne plus grande et plus aisée et plus d’infrastructures pour gérer ce supplément de richesse me

        J'aime

  3. Superbe plume! Y a vraiment rien à redire, je me suis delecté en vous lisant. Pour avoir déjà été chez Maison H, je n’ai pas pu m’empêcher de me reconnaître dans certaines de ces descriptions si habilement faites. Comme les autres avant, vivement le bouquin, car vous êtes doué.

    Aimé par 1 personne

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