Art & Culture

Petit manuel du parfait néo-bourgeois: tout ce qu’il faut rapidement savoir quand on est nouvellement riche 

À ta hâte de me lire, je déduis que tu as humblement accepté que le respect récent de ton banquier à ton endroit ne vient pas d’une illusoire fortune familiale et que le terme « néo-bourgeois » parle vraiment de toi.

Ou peut-être es-tu de ces aristocrates déchus, historiens hétéroclites d’un passé prétendument glorieux dont nul ne se soucie ni ne se souvient, qui s’attendent à découvrir  ici de nouvelles méthodes pour débusquer leurs nouveaux amis « de la haute »…

Ou bien tu es juste un jeune diplômé qui vient d’avoir son premier salaire au-dessus de 350.000F (10 fois Le salaire moyen local) sans aucune charge et tu sens que ta vie est en train de changer violemment… 

Qui que tu sois, cher(e) ami(e), installe-toi bien: tu vasaimer.

Décembre c’est toujours le moment de toutes les ingratitudes, particulièrement les deux dernières semaines, celles pendant lesquelles même les #mbenguistes roturiers et autres manants portent les habits de la noblesse pour venir « dominer le game » dans les rues de Douala et Yaoundé.

C’est essentiel d’avoir quelques petits tuyaux pour survivre dignement dans la jungle urbaine, aussi me fais-je le chantre discret de ces petites choses dont nul ne te parlera, pour que tu restes l’objet de curiosité en soirée malgré ta fortune (récente), pour que tu sois leur « con », à chaque dîner mondain.

Du logement 

Toujours habiter en ville : quand on est nouveau riche (néo-bourgeois, pour les intimes), les quartiers situés aussi loin que leur première lettre dans l’alphabet sont exclus. Exemple Village, Ndogpassi (tous les quartiers en Ndog- d’ailleurs!). Pour pouvoir avoir des voisins de « bonne moralité » qu’on sera fier de présenter a ses parents comme preuve de son ascension sociale, il faut vivre dans les 3B (Bonapriso-Bali-Bonanjo), ou dans une rue un peu calme de Akwa, dans un quartier qui a une histoire avec des vieux autochtones qui sortent en pagne le matin, une branche au bec, et parlent en Duala à longueur de journée. C’est très exotique… Dans ce registre-là, le bord de mer de Deido n’est pas mal non plus, mais en dernier ressort.

Dans le genre 3B, il y a aussi le côté calme et classe de Nyalla-sur-Seine, où les maisons ont toutes le même plan initial mais aucune ne ressemble à sa voisine au final. C’est ici que les quadra fortunés construisent leur résidence, laissent errer les gamins dans les allées neuves et désertes de leur bourgade, montés sur des rollers, skateboards, hover boards et autres curiosités ultramodernes qu’on ne croiserait même pas à Bali! C’est bien là que les quadra fortunés recréent les Hydrocarbures, bien loin du cœur de ville.

Avis aux nouveaux riches : pour vivre à Nyalla-sur-Seine, il faut prévoir une voiture par conjoint et idéalement une de plus (une petite Yaris climatisée ou un RAV4 de moins de 10 ans feraient l’affaire, ne vous mettez pas de pression!) pour les déplacements des enfants. Le vrai truc quand on vit à Nyalla-sur-Seine, c’est qu’il ne faut pas avoir peur du coût du carburant!

JE TE PRÉVIENS : Même si Double-Balle, Casmando, Bassa et même Bepanda sont juste après Bali dans l’alphabet, il faut tout de suite enlever ça de ta liste, sauf si tu as hérité de la propriété des Onobiono!

Les courses 

Le marché, c’est sympa, mais quand on fait ses courses soi-même, il vaut mieux les faire au supermarché: Casino, Super U, Fnac, Galeries Peyrissac, Mahima, Spar, Kado et bientôt Carrefour Market… c’est plus facile d’y croiser son prochain patron. Le marché c’est pas trop le truc des riches…

Si tu penses « mais pourquoi ne pas envoyer la ménagère faire les courses? », arrête ça tout de suite et lis encore.Chez les riches, c’est important de faire une partie des courses soi-même pour montrer qu’on est resté proche des choses normales de la vie.

En même temps, je connais très peu de ménagères qui savent choisir le vin ou discuter du marbre de la viande avec le boucher. T’as vu?Le vestiaire 

Porter des vêtements de marque, authentiques, c’est essentiel (d’origine authentiquement marocaine, of course) : le jour où le cavalier de Ralph Lauren sera à bicyclette, on le saura. Quand on est riche (ou qu’on veut le faire croire), il vaut mieux mettre un t-shirt blanc sans aucune marque, plutôt qu’un t-shirt blanc Gucci que Gucci lui-même n’a jamais vu! Pardon, laissez les « c’est un cadeau, je croyais que… » GARDE TES CROYANCES POUR L’ÉGLISE. ON N’Y CROIT PLUS!

Ne pense pas que tu vas devoir finir ton salaire chez Zara (Numero Uno), Celio ou dans les rares boutiques chic de Bali et Bonapriso qui vendent des articles authentiques de marques de luxe, pas besoin de ne mettre que des marques : puisqu’ils ne vont pas au marché et ne connaissent pas « le gazon », les riches s’organisent des vide-grenier et vide-dressing pour se revendre leurs trucs de luxe à moindre coût, entre eux. C’est le vrai « déballé », à l’ombre des regards ébahis de la foule incrédule. Ils ont aussi leurs petites boutiques de « déballé-lavé-repassé » partout-partout dans Bonapriso, Bali… je n’en citerai aucun, on les connait tous.

Ma chère amie, si tu m’avais permis de te citer ici, tu aurais eu encore plus de clientes, bourgeoises d’hier et d’aujourd’hui, qui aiment les fringues « pré-chinées ».

Pour ceux et celles qui ont eu honte de poser la question au voisin, plus ancien dans la bourgeoisie et de facto plus à l’aise avec le vocabulaire mondain, « pré-chiné » c’est quand un expert en « goûts de riches » a parcouru les marchés et fait le tri pour toi en France, au Maroc, en Turquie, et même au Cameroun! Cool, non?

Nota bene : on reconnaît le riche au goût pour la qualité, les matières, le parti-pris créatif, pas aux marques. 

Les loisirs 

Ne manger, boire et se détendre que dans des lieux ayant une page Facebook, un compte twitter et offrant angles et éclairage propices aux selfies. Si tu ne peux pas « check-in » sur Instagram, ça ne sert à rien d’y aller…


Passer ses weekends aux mêmes endroits avec les mêmes personnes pour écouter la même musique tout en mangeant des plats qui ne rassasieraient même pas un caniche.

N’interagir en public qu’avec ses semblables : même nombre d’abonnés Twitter et de followers sur Instagram et snapchat. La course à l’influence digitale a laissé beaucoup de gens au carrefour, mais ne baisse pas la garde Mola!

Le travail

Le point de départ, c’est d’être entrepreneur. Sinon, tu es juste un esclave du systeme. Donc même si tu as ton bon salaire dans une multinationale, une grande entreprise nationale ou dans l’administration (où les bons salaires sont rares), tu dois absolument :

– Entreprendre toutes les deux semaines dans le maquillage, les mèches brésiliennes, italiennes, peruviennes ou indiennes, dans les faux-ongles, les faux-cils et biensur dans les vêtements ethniques ou pseudo-tendance.

– Annoncer une carrière prochaine dans la photographie professionnelle et donc trimballer un reflex numérique Nikon ou Canon (que tu mettras 8mois a maîtriser) et avoir un compte Instagram très actif.

Le positionnement social

– Avoir un smartphone dernier cri : acheté, offert ou emprunté pour une durée indéterminée (jusqu’à ce que le propriétaire le reconnaisse sur une photo)

– Se déplacer en taxi course, climatisé dans l’idéal. Et de ce point de vue, Easyride reste la référence, d’autant que tu ne dois pas ouvertement dire que tu les trouves cher. Tu peux le penser, mais ne pas le dire. Jamais.

– Etre cultivé: connaître par cœur toutes les œuvres de Maalhox et savoir exactement à quelle page de revenge porn il est question de sa relation Fally Ipupa ne vous sortira pas de la masse. Pas plus que de savoir à quel épisode de Santa Diabla on est sur NovelasTV. Il faut t’élever et lire un peu.

– Se faire appeler la/le mbenguiste même si le plus loin que nous soyons allés est le parking de l’aéroport pour attendre celui qui va financer notre rythme de vie en Décembre

– Préférer quelquefois la solitude et le calme reposant de notre domicile à l’agitation nocturne qui n’est plus de notre âge. Retenez la phrase qui précède : il vaut mieux dire ça, plutôt que de dire qu’on est trop foiré pour La Canne à Sucre de ce soir.

Voilà, vous savez (presque) tout.

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13 réflexions au sujet de « Petit manuel du parfait néo-bourgeois: tout ce qu’il faut rapidement savoir quand on est nouvellement riche  »

  1. 😂😂 c’est très intéressant de croiser son futur patron ! Donc même pour de l’eau/ papier toilette/ chewing-gum c’est bien d’aller dans un supermarché 😁
    Merci pour l’astuce 🙂

    Aimé par 1 personne

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