Ma vie·Société

Ma vie d’aveugle, on en parle? (1ère partie)

Récit de mes premiers pas en tant que mal voyant

Chapitre 1: À l’hôpital

Quand on regarde dans mes yeux marron foncé, la première chose qu’on se dit, ce n’est jamais « oooh le pauvre, il doit être mal-voyant…  »

Tu en penses quoi?

En général, on m’accuse de vouloir séduire la terre entière, de vouloir hypnotiser les filles avec mon regard de Grace Decca (C’est la version camerounaise du merlan frit)

Oui, il y a un petit air de ressemblance… Laisse la jalousie, ça ne donne (toujours) pas l’argent !

Il y a quelques semaines, lors d’une visite de routine chez l’ophtalmologue pour avoir confirmation que mon œil droit voit aussi bien que celui de mes amis Stevie et Ray, le médecin m’annonce que si rien n’est fait sur l’œil gauche en urgence, je pourrai devenir guitariste de ben-skin à plein temps.

On la refait. Je viens pour l’œil droit, c’est l’œil gauche qu’on veut sauver, sinon je deviens guitariste de ben-skin.

QUELLE NOUVELLE!

J’ai donc programmé dans l’urgence, une opération pour sécuriser mon œil gauche, qui est mon Kylian Mbappe pour l’instant, tandis que le droit serait plutôt Carlos Kameni… Ooorh. Ne ris pas (si fort), tu es trop moqueur!

Une semaine plus tard, un lundi pas comme les autres, je vais aux aurores à mon rendez-vous. C’est quand même dans certains petits détails en milieux hospitalier que tu vois que le blanc a quand même la culture des choses bien faites hein… Chesterfield en cuir moka dans la salle d’attente, des assistantes médicales qui viennent tout près de toi t’appeler quand c’est ton tour, plutôt que de crier « Epée! Epée! Epée c’est même qui non??! Viens ici, tu n’entends pas quand on t’appelle?! »

Crois-moi, vu que dans les deux cas, c’est toi qui paies, les petites attentions courtoises changent totalement l’expérience.

Au passage, je rends néanmoins hommage aux efforts imperceptibles des infirmiers et autres personnel de nos hôpitaux publics et surtout à ceux des cliniques (privées) qui facturent la journée aussi cher que le HILTON, sans jamais vous proposer de beurre demi-sel avec le pain souvent soit trop dur, soit trop mou.

Après m’être oublié en lectures dans le confort du canapé, on m’invite à me préparer pour l’opération. Blouse, bonnet, chaussons… Onong, j’ai cru que j’étais devenu chirurgien moi-même! Puis on m’installe sur un fauteuil large qui quelques clics plus tard devient comme le siège de Première chez Air France.

Un verre d’eau, un demi comprimé de Valium et une couverture chauffante délicatement posée sur mon corps allongé plus tard, j’étais aux aux anges. Morphée et moi gambadions dans les vertes prairies de mon imagination. Bon, vu de l’extérieur, j’étais juste un petit noir qui ronfle dans une jolie clinique à Johannesburg.

Ah ben oui… ce n’était pas à Bonanjo, ni à Bastos. Chez nous, on crie ton nom et puis c’est tout.

Une heure. On m’a laissé dormir une heure. Donc une heure plus tard, une douce voix de femme me réveille, je suis encore saoul de sommeil, il est l’heure de passer au bloc. Le but de la sieste était probablement de me noyer dans les marshmallows, pour que je ne pose pas de question pendant l’opération.

Tu vois quand même les efforts qui sont faits pour t’éviter la panique? Alors que dans certaines cliniques et hôpitaux au cœur de l’Afrique en miniature, on se prendrait très naturellement un « dis donc, SOIS UN HOMME! Tu as peur de quoi?! ». Et tout ça, sans Valium, ni douceur.

Trois heures plus tard, je sors du bloc, avec de magnifiques lunettes supersoniques offertes par la clinique pour me protéger les yeux de la lumière. Je ressemblais exactement à ça 👇🏾

Et en fait, je ne voyais plus rien. Ni à droite, ni à gauche. Maaaaaama! Pas les choses qu’on dit souvent quand on évite une moto qui fonce vers nous dans la rue: j’ai eu la peur de ma vie.

Ray Charles, Stevie Wonder et Talla André Marie connaissent déjà la musique, eux!

J’allais faire quoi de ma vie?

J’allais encore choisir les couleurs des habits comment?! J’allais encore écrire les PowerPoint du bluff avec quoi?

Autant de questions troublantes qu’on se pose quand on perd la vue. Mettez-vous une seconde à la place de tous ceux qui ont perdu la vue, après avoir vu, lu, distingué le vert olive du vert caca d’oie…

Et j’ai décidé de devenir ambassadeur itinérant (un de plus, sans même un but contre mon camp à mon actif) de la cause des malvoyants. Je suis sérieux. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je sais que je dois faire quelque chose.

Sérieux, ils font comment pour choisir leurs habits?

Je suis sur que le neveu aigri qui les assiste doit se dire « maintenant je vais bien t’habiller comme un Bamenda, tu vas confirmer le code! »

Voilà – Affaire à suivre.

Publicités

22 réflexions au sujet de « Ma vie d’aveugle, on en parle? (1ère partie) »

  1. Well… si tu nous a rédigé ce billet, sachant que tu n’as certainement pas eu le temps d’apprendre le braille, ça veut dire que l’opération a reussi non?
    En tout cas je l’espere de tout coeur.
    Vivement la suite de l’histoire.

    Aimé par 1 personne

  2. Joli billet.. Et toujours très drôle.
    « ..J’allais encore choisir les couleurs des habits comment?! J’allais encore écrire les PowerPoint du bluff avec quoi?.. »😂😂😂😂😂
    Bonne guerison.

    Aimé par 1 personne

  3. Toujours aussi drôle même dans la maladie waahhh; En tout que le Seigneur termine en toi ce qu’il a commencé. Bisous là-bas et big up à ta fille qui a lap tes lunettes « supersoniques » mdrrrrrr

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s