Société·Tendances

Le règne de l’éphémère

C’est une pensée crue ou creuse, telle une Lapalissade, sur le temps qui passe.

Entre pop-up stores, restaurants de rue, resto-couloirs interchangeables, AperoStreet (#RIP) et Barbecue Rose itinérants, nous assistons à l’agonie du status quo. On va finir par penser que le Cameroun est un pays qui n’aime pas voir s’éterniser les mêmes choses, ni les mêmes gens

Honi soit qui mal y pense.

Ce monde va passer.

Désormais les soirées n’ont plus de valeur que si elles sont uniques et inédites, on en est pratiquement à créer de nouveaux tubes chaque week-end, sinon à quoi bon danser? On s’ennuierait à danser les mêmes chansons que celles qu’on a écoutées le week-end d’avant…

il faut avouer que les boites de nuits sont devenues des établissements clones experts en réminiscence: chaque vendredi soir est le même que le précédent, on sort pour reprendre les conversations où on les a laissées la semaine d’avant, revoir les mêmes jolies filles toujours célibataires, boire le même whisky (souvent les restes de la même bouteille), observer du coin de l’œil les mêmes gars, certains – encore trop nombreux – avec les mêmes habits.

A ces derniers, je voudrais demander humblement d’arrêter ça. Tout de suite.

stop it now.

N’ayez pas peur de changer de vêtement, on arrivera toujours à vous reconnaître. Il n’y a aucune gloire à se faire appeler le gars en polo rouge toute sa vie, ni même la fille en blanche… la fameuse fille, assise au fond de la salle, que systématiquement, tout DJ salue. Chouba!

Non mais, regardez bien… nous nous attachons de moins en moins à tout: aux gens, aux traditions de nos parents, aux fréquentations de notre enfance, aux conjoints auxquels nous nous lions, à la musique que nous écoutons.

Nous semblons être entrés, tête la première, pieds et poings liés, dans la culture Kleenex (ou devrais-je dire Oran, dans le contexte camerounais), celle qui ne s’accommode que des choses qui ne durent pas. A ceux qui pensent « il aurait pu dire la culture chinoise », je rappelle que les Air Jordan, l’iPhone et la PlayStation sont aussi Made In China. Cordialement.

Aux tresses capillo-tractrices, nous avons préféré les perruques car les mèches brésiliennes et indiennes demandaient déjà trop d’énergie pour être changées toutes les semaines;

Aux polos neufs achetés avec l’épargne de 3 mois et destinés à durer 3 ans ou plus, nous préférons désormais les t-shirts usés que la friperie nous offre au prix du pain, accessoires éphémères qui peuvent ne durer qu’un soir, l’instant d’une apparition réussie, d’une photo pour Instagram ou d’un Snap dans un snack mal éclairé;

Au makossa éternel de Ndedi Eyango et de Ériko, nous avons préféré les tubes ‘dansez-jetez’ de Petit Pays, à coup d’albums sans texte délivrés 2 fois par an, un pour la saison des pluies, l’autre pour la saisons sèche;

Nous en avons contraint les compositeurs à l’improvisation et souillé l’héritage des Jean Miché Kankan, Jimmy Biyong et Essindi Mindja, à rire trop souvent de bouffons sans histoire, lançant des vannes au gré des rencontres ou de l’actualité;

A la musique que l’on écrit pour durer, nous avons préféré l’abélé, slam sans poésie de textes de circonstance sur fond de percussions, genre par excellence des dot, mariages et autres célébrations villageoises;

Ainsi naquit le succès, lui aussi éphémère, d’artistes camerounais mono-tube tels que <insérez les noms de tous les ‘chanteurs de l’été’ que vous connaissez>. Ne faites pas semblant, vous en connaissez plein.

Que sont ils devenus?

Puis un chanteur d’abélé se déguisa en Michael Jackson.

En attendant le prochain tube jetable, on parle de collaborations, featuring et autres arrangements, pour que dure l’ivresse.

Sur ces mots doux, je vous salue.

5 réflexions au sujet de « Le règne de l’éphémère »

  1. Trop court! Mais comme j’ai aimé. Beaucoup! La génération « mouchoir » ne fait que poser ses valises. On en aura encore. Merci à toi! (Next time, laisse-nous quelque chose de plus « long » please)

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